Ce travail est le fruit d’une collaboration avec Monsieur Dominique OBAMA, Professeur de Lycées et collèges d’enseignement secondaire  général en service au CES de Yaoundé III. Pour plus de renseignements, vous pouvez le contacter à l’adresse suivante :

 OBAMA Dominique - PLEG- Tel : 237 699 61 99 76

La dation des noms de quartiers de Yaoundé s’est fondée principalement sur l’histoire et l’étymologie des termes. Parfois, il s’est agi de donner une signification aux phénomènes observés afin d’en faire une interprétation pouvant les justifier. Par ailleurs, certaines localités ont reçu les noms des évènements mémorables aussi bien glorieux que déplorables qui de ce fait, ont été immortalisés. Il en est de même pour les localités qui ont reçu les noms des illustres personnalités qui s'y sont distinguées par leurs actions ou comportements remarquables et mémorables.

Il est important de signaler qu’en raison du nombre croissant des quartiers de la ville de Yaoundé, une étude plus détaillée apparaît vaste et peut donner lieu à des répétitions de définitions. Un regroupement de quartiers ayant à la base, un motif commun d’attribution du nom s’avère profitable. C’est ainsi que nous les avons classés en deux grandes catégories : d’abord les noms dits «anciens» qui sont nés avant la colonisation, ensuite, les noms de la période coloniale qui sont plus ou moins liés à la colonisation de la région de Yaoundé.

Les noms anciens

Par noms anciens nous entendons les toponymes antérieurs à la période coloniale ou alors ceux qui sont nés pendant la colonisation  mais qui ne dépendent pas du phénomène colonial. Il s’agit pour la plupart , des noms de villages qui existaient dans la région avant 1888 date de l’arrivée des européens à Yaoundé.

Ces noms peuvent être géographiques, liés aux lignages, ou alors historiques. Notons que l’étymologie de tous les noms que nous donnerons est la traduction des mots de la langue Ewondo.

Les noms de lignages - Précédés par Mvog

Par noms de lignages, nous entendons les toponymes qui expriment le rassemblement d’individus de même famille, de même clan, de même communauté, au sein d’une résidence. A Yaoundé, ils se subdivisent en trois principaux groupes : le groupe des noms précédés de « Mvog », le groupe des noms précédés de « Elig » et les noms de tribus.

Le groupe des noms précédés de « Mvog »

 Sociologiquement, le terme « Mvog » signifie « descendance de » ; mais sa signification varie selon les degrés de descendance. Ainsi, à l’échelle supérieure du regroupement des descendants d’un même ancêtre, on cite le clan. Certains auteurs assimilent le « Mvog » au clan et le traduisent par « Ayon » en terme local. Ils entrevoient ici, l’ensemble des descendants patrilinéaires d’un ancêtre commun, les enfants naturelles, les enfants adoptés et les filles venues en mariage dans ladite famille. A ce niveau, l’étiquette « Mvog » ou « Ayon » considérant à la base, le lien de sang, impose naturellement l’exogamie à tous les membres du clan comme règle de mariage. A cela s’ajoute une unicité politique manifestée par l’existence d’un conseil de sages appelé « ESIE ». Les autres degrés de « Mvog » s’apparentent au lignage avec ses multiples variantes. On parle ainsi de « Mvog Ayon Bod » ou lignage maximal, de « Mvog Nda Bod » ou lignage minimal. Ce sont respectivement les ensembles familiaux des descendants en règle de filiation unilinéaire d’un ancêtre historiquement bien connu   ou généalogiquement situable. Et des descendants constituant une famille restreinte ou étendue. Notons que le terme  « Mvog » peut se rattacher au nom du fondateur de la localité ou à celui de l’une de ses épouses. Et dans ce dernier cas, le nom de la femme marque un accent sur le rôle qu’a joué celle-ci dans la procréation et sa contribution efficace dans l’éclosion économique du domicile de son époux. Ainsi une femme qui n’a pas procréé ne saurait donner son nom précédé de « Mvog » à sa localité. De l’explication ci-dessus, l’on comprend mieux l’origine des toponymes suivants à Yaoundé :

MVOG MBI

Le quartier Mvog Mbi, situé à Awaé , est limité à l’Est par Kondengui, au Nord par Mvog Ada et par le centre-ville, au Sud par Mvog  Atangana Mballa. Selon Henri Ngoa(35) les Mvog Mbi sont les descendants de Mbi Mengue qui a pour ancêtre Tsungui Mballa.

MVOG ATANGANA MBALLA

Quartier situé à Awaé et limité par Mvog Mbi au Nord, Mvolyé vers le sud, Olézoa vers l’Ouest, symbolise le regroupement des domiciles des descendants consanguins de Atangana Mballa, aîné de l’ancêtre Essomba-Nag-Bana et frère de Fuda Mballa et Tsungui Mballa. Ils se seraient installés dans cette localité lors des migrations Béti et bien avant l’arrivée des Européens.

 MVOG ADA

Les Mvog Ada sont les descendants de l’ancêtre Tsungui Mballa. Son fils Otu Tamba aurait épousé plusieurs femmes parmi lesquelles : Ada, Betsi, Amvuna, Ntigui et Bela. Chaque femme donna naissance à une descendance d’où les clans Mvog Ada ,Mvog Amvuna, Mvog Bela, Mvog Betsi, Mvog Ntigui qui se disent frères à Yaoundé à l’heure actuelle. Les Mvog Ada se sont installés au village dit Messa au niveau de l’hôpital central actuel. Lors de la colonisation, ils ont été déplacés et installés à Djoungolo, où ils se trouvent à l’heure actuelle, à Elig Essono , à Essos , à Kondengui et Nkoldongo.

Les noms de lignages - Précédés par Elig

Par noms de lignages, nous entendons les toponymes qui expriment le rassemblement d’individus de même famille, de même clan, de même communauté, au sein d’une résidence. A Yaoundé, ils se subdivisent en trois principaux groupes : le groupe des noms précédés de « Mvog », le groupe des noms précédés de « Elig » et les noms de tribus.

Le groupe de noms précédés de « Elig »

 Dans l’usage courant, le « Mvog » se confond à l’ « Elig ». Mais cette confusion éclaircit dans une analyse profonde du terme « Elig ». Certains de nos informateurs, s’appuyant sur les données linguistiques, laissent entendre que « Elig » vient des mots « Lig » et « Tiga » en langue Ewondo. Le premier signifie rester, abandonner ou laisser quelque chose à ---- ; le second renvoie à ce qu’on garde en souvenir de quelqu’un . De telle sorte que la notion d’ « Elig » correspond à ce qui reste, ce que laisse une personne morte ou en déplacement. L’Abbé Tsala définit ce terme comme étant :  «L’emplacement, L’ancienne place d’une case, place d’un  édifice , d’un village ou d’un domicile disparus».  Par conséquent, entre le « Mvog » et l’ « Elig » il y a certes lieu d’entrevoir une seule et même vision : celle de l’agglomération sociale. Cependant, la différence est d’ordre qualitatif à tel point que le « Mvog » met à l’avant garde, la procréation, la progéniture d’un individu et l’ « Elig » privilégie beaucoup plus , les biens matériels laissés par une personne à ses descendants pour qu’il survive en eux. Ce contenu objet de souvenir comprend notamment des maisons d’habitation, des plantations, des ateliers de travail, des femmes en âges de procréer, des enfants, sans oublier des animaux totems. De cette analyse, il en ressort que l’ « Elig » est géographique tandis que le « Mvog » est généalogique.  A partir de la précédente distinction on saisit la signification des toponymes tels que :

 ELIG ESSONO

Le quartier Elig Essono est situé à Djoungolo1 entre Etoa Meki au nord, Essos à l’Est, Mvog Ada au Sud et le centre commercial à l’Ouest. Ce quartier a pour fondateur Essono Balla Joseph né en 1881 et décédé le 21 Juin 1951 .Il est un militaire, c’est un ancien combattant qui a fait la première guerre mondiale. Ce Mvog Ada  fondateur de la dynastie Essono  a été nommé chef traditionnel de Djoungolo lorsqu’il est parti à la retraite. Ils était à la tête des Mvog Ada et des Ebounboun de 1930 jusqu’à sa mort en 1951. Son héritage(Elig) comprenait : beaucoup de femmes dont une seule avait accouché un enfant héritier nommé Balla Essono ; trois petits fils, une grande cacaoyère à Djoungolo(aujourd’hui détruite) , des maisons et beaucoup de bêtes. Sa tombe que nous avons visitée est à Djoungolo1(Elig Essono).

 ELIG EDZOA

La dynastie d’Elig Edzoa a pour fondateur, Edzoa Mbede, un Emombo né vers 1850 et décédé en 1921. Il était le chef de toute la tribu Emombo domicilié à Nfandena . Notons que le quartier Elig Edzoa est traditionnellement appelé Nfandena1.Edzoa Mbede, fondateur de la dynastie Edzoa a eu pour successeurs : Edzoa Bitounou, Edzoa bessala, Edzoa Ahanda, Edzoa Ottou Jean Louis et enfin Ndongo Barthélemy notre informateur. L’héritage(Elig) d’Edzoa Mbede est particulièrement intéressant et est composé de :

·   Plusieurs femmes, c’était le « César des Emombo ». Les plus jeunes ont été partagées par ses fils aînés Edzoa André, Edzoa Bitounou et autres.

·   un palais, les anciennes constructions à étages détruit en 1964 lors de la construction de la gare marchandise de Yaoundé (situé à Elig Edzoa).

·   un gros serpent totem(le boa) qui vit encore aujourd’hui , dans la rivière Mimloo, qui circule à Nfandena et qui se jette dans le Mfoundi. Ce serpent aux dires de nos informateurs, apparaît de temps en temps dans cette localité. 

·   Edzoa Mbédé a aussi laissé beaucoup d’enfants dont le nombre n’est pas déterminé y compris les petits fils.

·   Enfin, Edzoa Mbédé a laissé un cheval blanc qui était une propriété à usage personnel et qui faisait sa popularité. A l’heure actuelle, selon nos informateurs, l’apparition de ce cheval blanc est dangereux pour les Emombo de Nfandena dans la mesure où cette apparition présage la mort proche d’un notable Emombo.

Ces informations que nous tenons de plusieurs personnes, nous font supposer que Edzoa Mbédé était un sorcier très puissant qui faisait peur aux populations, c’est pourquoi le spectre de son apparition demeure un épouvantail pour les Emombo de Nfandena, localité dans laquelle sont inclus les quartiers suivants : Omnisport, Elig Edzoa, Essos , Nlongkak, et une partie de Djoungolo.

 ELIG EFFA

La dynastie d’Elig Effa a pour fondateur Effa Omgba Amougou Alphonse, un Mvog Betsi né vers 1900. C’était un chef catéchiste à Mvolyé. Il doit sa popularité à son enseignement catéchistique qui s’étendait de Messa à Mefou Assi( très vaste territoire). C’est lui qui faisait baptiser les Ewondo, les éton, les Yambassa, les Bamiléké de la région de Yaoundé et tous ceux qui voulaient se marier à l’église catholique devraient passer par lui. Mr Effa Omgba Amougou, selon nos informateurs(41) était un homme honnête, un homme de confiance, un homme dynamique et très intelligent. A sa mort en 1939, il a laissé entre autres choses :

·   huit enfants une veuve et plusieurs petits fils,

·   des maisons d’habitation à Messa2 aujourd’hui détruites, 

·    des plantations de banane et une cacaoyère,

·   un registre dans lequel, il écrivait des sommes d’argent que les gens versaient chez lui. Il était selon son fils Onana Omgba « la banque des indigènes de Messa2 ». Il a laissé de l’argent pour qu’on rembourse à tous ceux qui en réclamaient et dont les noms se trouvaient dans son registre.

A sa mort l’on décida à l’unanimité de donner son nom à son village d’où le toponyme Elig Effa qui existe depuis 1939.

Les noms de lignages - Noms des Tribus

Par noms de lignages, nous entendons les toponymes qui expriment le rassemblement d’individus de même famille, de même clan, de même communauté, au sein d’une résidence. A Yaoundé, ils se subdivisent en trois principaux groupes : le groupe des noms précédés de « Mvog », le groupe des noms précédés de « Elig » et les noms de tribus.

Certains quartiers, anciens villages de Yaoundé, ont reçu les noms des tribus qu’ils abritaient. Cela s’explique par le fait des migrations Beti. En effet, il est reconnu que la progression des Fang-Beti vers le Sud du Cameroun et leur installation à Yaoundé, se sont opérées en compagnie d’autres tribus. L’importance du groupe Ewondo aboutit à leur occupation magistrale du centre de la ville ; tandis que les tribus alliées telles que les Tsinga, les Etoudi, les Emombo, S’alignent sur la couche périphérique de la région. Voilà pourquoi LABURTHE TOLRA, constate avec curiosité que : « les Ewondo sont encadrés par d’autres tribus égales en importance souvent alliées, souvent ennemies ; les « Ntoni »(Eton) et les « Yetudi »  (Etudi) au Nord ; les « Eteng »( Etenga) vers le Nord-Est ; les « Bane »  (Bene) et « Vogbe Belinghe »(Mvog Belinga) au Sud-Est, les « Bawa »   (Baaba) au Sud-Ouest ».  Il apparaît assez clairement que les tribus Beti prêtaient à leurs localités ,leurs noms  propres,à tel point que de nos jours, ces noms favorisent leurs identification à la fois démographiquement et géographiquement. Ainsi s’expliquent les noms des quartiers suivants :

  ETUDI ou ETOUDI

Situé au Nord de Yaoundé, le quartier Etudi où siège le palais présidentiel, tire son nom de l’installation des populations de la tribu Etudi dans cette localité lors des migrations Beti, bien longtemps avant l’arrivée des européens. Tous les quartiers du Nord de la ville : Mballa, Oliga, Etudi, Mfoudasi, Ekoudou, Nlongkak sont peuplés des Etudi depuis l’origine de la ville, mais c’est dans la localité dite Etudi qu’ils sont majoritaires.

  TSINGA :

Le véritable nom du quartier dit Tsinga aujourd’hui est Ntoungou , nom d’une rivière qui prend sa source sur les lieux. C’est le siège des Mvog Ekoussou qui se disent autochtones. Les populations de la tribu Tsinga étaient implantées à la naissance de la ville, vers l’actuel Bastos et ont été délogées vers 1936 pour l’aménagement urbain et surtout la création de l’usine Bastos. Les Mvog Ekoussou, expropriés de leurs terres pour l’implantation forcée des Tsinga, ont vu leur village changer de nom d’où le toponyme Tsinga, plus connu aujourd’hui au détriment de Ntougou. Nous tenons ces informations des patriarches Emanda  Luc et Mballa François qui nous ont exprimé simultanément leur indignation avec le récit suivant : « FOUDA André », un Mvog Ada, Maire de Yaoundé alors que sa maman (notre sœur) était Mvog Ekoussou, nous a malgré sa parenté avec nous, arraché par force le terrain afin d’implanter les Tsinga avec lesquels il avait les affinités dont nous ignorons l’origine, il semblerait qu’il avait une fiancée Tsinga qui aurait influencé sa décision, car c’est ainsi que sont les femmes. Ce collaborateur de la colonisation et complice des blancs nous a trahis et nous a « tués » en changeant le nom de notre village Ntougou pour écrire le nom  Tsinga sur les documents et pourtant ceux-ci sont des allogènes « Mintöbö » ici. Malgré la rébellion que nous avions menée le nom Tsinga s’est finalement imposé au détriment de Ntougou qui est aujourd’hui peu connu des habitants de la capitale. Nous n’oublierons jamais le mal que FOUDA André nous a fait ».

 

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  • Très bon sujet pour notre culture.J'aimerais savoir si les noms de certains quartiers sont corrects

  • Merci

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