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Message du Président de la
République - Fin d'année 2005

"Camerounaises, Camerounais, Mes Chers compatriotes,
Il y a un an, dans les mêmes circonstances, quelques semaines après le
début de ce septennat, je vous disais que nous allions d’abord remettre
de l’ordre dans certains secteurs de l’activité gouvernementale et que
nous passerions ensuite à l’application de notre programme des "Grandes
Ambitions".
Nous nous sommes donc employés en priorité à rétablir l’équilibre de nos
finances publiques. Il fallait améliorer la rentrée des recettes, mieux
contrôler les dépenses, sans pour autant asphyxier notre économie. Ceci
a été à peu près réalisé, ce qui nous a permis de mener à bien le
programme de redressement négocié avec le FMI pour le premier semestre
de cette année.
Bien sûr, je n’ignore pas que cette politique de rigueur n’a pas fait
que des heureux. Les entreprises qui avaient des raisons de se plaindre
de la pénurie d’énergie et de la contrebande, ont également déploré la
pression fiscale. Mais le gouvernement s’est efforcé de ménager la
majeure partie de la population en payant à échéance salaires et
pensions, en accélérant le règlement des arriérés de la dette intérieure
et en contenant autant que possible la hausse de prix. Même si notre
taux de croissance s’est quelque peu effrité et si le climat des
affaires a connu une certaine morosité, les résultats recherchés ont été
obtenus pour l’essentiel et nous avons préservé l’avenir.
Parallèlement, nous avons poursuivi la consolidation de l’Etat de droit.
Nous disposons désormais d’un code pénal mieux adapté à nos réalités
d’aujourd’hui. Notre Chambre des Comptes sera bientôt opérationnelle et
la décentralisation entre dans sa phase d’application. Bref, notre
système démocratique se perfectionne de jour en jour.
Malgré les efforts méritoires de nos forces de l’ordre qui ont donné des
résultats incontestables, nous avons encore des soucis au plan de la
sécurité. C’est un problème difficile qui affecte toutes les sociétés.
Nous y sommes très sensibles et je vous assure que pour le résoudre nous
dégagerons les moyens nécessaires.
Je vous l’ai souvent dit, la démocratie politique, la croissance de
l’économie, ne sont pas une fin en soi. Elles doivent s’accompagner
d’avancées au plan social. C’est pourquoi nous continuons à effectuer un
travail de fond pour renforcer notre édifice éducatif, perfectionner
notre système de santé, développer nos infrastructures routières,
étendre nos réseaux de distribution d’eau et d’électricité et lancer des
programmes de logements sociaux. Les résultats de cette politique qui
vise à améliorer les conditions de vie de la population et qui est
désormais notre priorité, sont déjà visibles dans nos villes comme dans
nos campagnes.
Evidemment, ce n’est pas encore suffisant. Ce ne sera jamais suffisant.
Nous allons donc continuer ce combat contre la pauvreté afin que notre
peuple qui a consenti tant de sacrifices, puisse enfin retrouver
l’espoir d’une vie meilleure.
De la même manière, tout sera fait pour préserver la paix et la
stabilité que notre pays connaît si heureusement et sans lesquelles
aucun progrès ne serait possible. J’aurai l’occasion d’y revenir très
prochainement.
Sommes-nous pour autant au bout de nos peines ? Sans doute pas. Mais nos
efforts nous ont déjà permis de mettre au point il y a quelques semaines
avec les institutions financières internationales un programme triennal
pour la période 2005 — 2008 qui nous ouvre d’intéressantes perspectives.
Si nous tenons les engagements auxquels nous avons souscrit, nous serons
probablement en mesure d’atteindre le fameux point d’achèvement de
l’initiative PPTE en 2006, ce qui aura pour conséquence d’alléger
considérablement le poids de notre dette.
Ce n’est donc pas le moment de relâcher nos efforts. J’exhorte tous ceux
qui sont concernés, au gouvernement, dans l’administration, dans les
entreprises du secteur public et parapublic, à se mobiliser pour que
nous passions sans encombre les derniers obstacles.
Cela ne nous dispense évidemment pas d’appliquer notre propre programme
de développement à long terme afin d’inverser la tendance et de relancer
la croissance.
Nous avons de grandes potentialités dans le domaine agricole. Et
pourtant, la production de nos cultures de rente (café, cacao) plafonne.
Nos cultures vivrières ne demandent qu’à être développées, car les
débouchés existent. Le moment est venu de lancer cette grande politique
agricole pour laquelle nous sommes si bien dotés.
De même, nous disposons de matières premières pour alimenter une
agro-industrie innovante et diversifiée, notamment dans les secteurs de
la transformation du bois, du coton et du plantain. Des projets
existent. Il convient maintenant de les mettre en œuvre.
Nous souffrons depuis quelques années d’un déficit énergétique
chronique, alors que notre potentiel hydro électrique est un des plus
élevés d’Afrique. Heureusement, après une période difficile, l’avenir
s’annonce plus prometteur avec les projets de barrages et de centrales
de LOM PANGAR, NACHTIGAL, MEMVEELE, COLOMINES et celui de centrale à gaz
à Kribi. Ne perdons plus de temps. Mettons ces projets à exécution.
Nos ressources minérales, notre position géographique sont autant
d’atouts pour développer une politique industrielle ambitieuse dans les
domaines de l’aluminium, de la chimie et de la construction navale. Nous
en avons les instruments avec ALUCAM, la SONARA et les Chantiers Navals
de Limbé. Les projets en discussion ou en voie de réalisation autorisent
un certain optimisme. Et ce ne pourrait être qu’un début si l’on pense
aux possibilités d’exploitation de nos gisements de bauxite, de fer, de
calcaire, de gaz et de cobalt.
Je ne vois que deux facteurs qui pourraient ralentir notre marche en
avant.
Le premier tient à l’inefficacité de certaines administrations qui
traitent de ces problèmes. Ce n’est pas leur compétence qui est en cause
mais leur manque de volonté d’aboutir. En dépit des prescriptions de
leurs "feuilles de route", elles se contentent souvent d’une simple
gestion au long cours ou elles s’enlisent dans des querelles de
personnes ou de compétences. L’absence de projets et le taux
anormalement bas de consommation des crédits sont les illustrations les
plus fréquentes de ce comportement. Cela devra changer car c’est un
frein évident à notre développement.
Mais il y a plus grave. Je veux parler de la corruption que j’ai souvent
dénoncée mais qui continue à sévir. Il y a évidemment une totale
incompatibilité entre les efforts que nous déployons pour faire reculer
la pauvreté et l’enrichissement scandaleux de quelques uns. Le
détournement des fonds publics se fait, faut-il le rappeler, au
détriment de la communauté nationale. Je voudrais aujourd’hui dire très
solennellement qu’il faut que cela cesse. L’agence Nationale
d’Investigation Financière a été créée à cet effet. J’attends d’elle
qu’elle fasse son travail sans complaisance.
Ces ponctions sur la richesse nationale sont d’autant plus intolérables
qu’une partie de notre population continue de connaître des moments
difficiles, en particulier celle qui est frappée par le chômage.
L’action de l’Etat, que ce soit par l’intermédiaire du Fonds National de
l’Emploi, la promotion de l’auto-emploi, l’aide aux PME/PMI ou la
professionnalisation de l’enseignement permet sans aucun doute
d’apporter quelques améliorations à une situation qui demeure
préoccupante.
Mais elle ne peut être la solution définitive à un problème qui touche à
la structure et au fonctionnement de notre économie.
De toute évidence, la réponse se trouve dans la relance de la
croissance. C’est ce à quoi nous travaillons sans relâche. En remettant
d’aplomb les finances publiques et en menant à bien un certain nombre de
réformes structurelles, nous sommes en train de reconstruire les
fondations de notre nouvelle économie. L’atteinte du point d’achèvement
de l’Initiative PPTE, ainsi que Je l’ai dit, devrait nous libérer du
poids écrasant de la dette. Les grands projets que j’ai mentionnés et
dont certains sont sur le point d’aboutir, créeront des activités de
tous ordres et ouvriront bien entendu de nouvelles possibilités
d’emplois. J’y vois pour notre jeunesse, et en particulier nos diplômés,
des opportunités pour valoriser leurs connaissances et se bâtir un
avenir professionnel prometteur.
Camerounaises, Camerounais, Mes chers compatriotes,
J’ai la conviction — que je voudrais vous faire partager — que nous
avons mis en route un processus vertueux qui devrait prochainement nous
permettre de réaliser cette mutation de notre économie qui est
certainement le passage obligé vers la modernité. Pour franchir la
dernière étape, le gouvernement a besoin du soutien de toutes les
camerounaises et de tous les camerounais, quelle que soit leur place
dans notre société. La réussite de notre grand projet sera celle de la
Nation tout entière mais aussi de chacun d’entre vous.
Je sais que je peux compter sur vous.
Le moment est maintenant venu pour moi de vous présenter à toutes et
tous mes vœux les plus sincères de santé et de bonheur pour la Nouvelle
Année.
Bonne et heureuse année 2006 !
Vive le Cameroun !"
Message de fin d'année 2004 |